mercredi 10 octobre 2018

Ma Pétanque selon le petit Marcel


L’été trainait sa flegme (comme chantait Georges Chelon) et, lentement s’essoufflait. Octobre approchait. Heureusement, « l’épisode cévenol » était passé. Le boulot prenait plus d’attention. Tout semblait se mettre sur des rails. 

Etait-ce fini ? 
Je n’étais pas venu dans le Sud pour faire métro-boulot-dodo. Il fallait faire quelque chose, en tout cas, réagir. 

Le changement arriva par l’intermédiaire de mon ami Osvaldo. Il me proposa de participer à un concours de boules. 
Dans le midi, c’est le sport national, je devais le faire. Après-tous, cela aussi, c’est l’intégration.
Par contre, si j’avais bien lancé quelques boules en plastique pour m’amuser avec les copains quand j’étais gosse, là, mon ami me demandait de participer à un vrai concours, avec des équipes, des éliminatoires, des prix en argent et même la photo sur le journal local ! 

Il me vint un doute. Et, je n’avais pas de boules. Et je ne voulais pas lui imposér de ‘Baiser Fanny ». En même temps, je ne pouvais pas dire non. Je ne voulais pas dire non ! 
J’acceptai.

Ainsi, j’empruntai un jeu de trois boules, une triplette, à une voisine. C’était du 740 grammes, un peu lourd pour moi ; je n’avais jamais joué avec de vraies boules mais tant pis. Alea Jacta Est (comme aurait dit Jules). Et nous voilà partis dans le tournoi. 

Mon ami Osvaldo, avec qui je faisais équipe, avait vingt ans de plus que moi et, en plus de savoir très bien jouer aux boules, était perspicace et sentait quand je n’étais pas à l’aise. Il me demanda : « Alors, tu tires ou tu pointes » ! Oh, j’avais déjà entendu la phrase mais, je ne savais pas le geste exact que cachent ces mots. (Je parie que vous non plus.) Alors (et c’est là qu’on reconnait les amis), devant mon air gêné, il me dit : « Ne t’inquiète pas. Je te donne des indications et tu fais au mieux. » Je fus rassuré ; il commandait et j’exécutai. 

Dès la première « mène », il s’aperçut que j’étais un bon pointeur. Il me conseilla donc de pointer soit d’approcher la boule le plus près du "but", « le cochonnet ». De son côté, il tirait et dégageait les boules gênantes et ne ratait jamais son coup. C’est ainsi que nous remportâmes la première partie. 

En huitième, en quart et en demi-finale, le niveau des joueurs devenait toujours plus élevé mais, on gagna les gagnants des gagnants en pratiquant toujours la même tactique : je pointai et Osvaldo tirait. Au besoin, à « la raspaille ». 

C’est en finale que tout se compliqua.
L’équipe adverse était composée d’éléments vraiment forts, des vrais de la pétanque. La nôtre d’un capitaine qui commandait correctement et d’un lieutenant qui faisait de son mieux. Tout reposait sur la tactique au coup par coup et le savoir-faire d’Osvaldo. Mais, j’avais confiance ; il était capable de faire « un rétro ». Je l’avais déjà vu.
Moi, j’étais content d’être arrivé en finale mais, je ne voulais pas décevoir mon ami. Et j’étais bien embêté car, sur la dernière « mène », les adversaires menaient de deux points, il ne leur fallait qu’un seul point pour « sortir » et ils l’avaient ; leur (dernière) boule était à 5 cm du « petit » (le cochonnet). Je ne pouvais pas pointer car plusieurs de leurs boules étaient devant. Trois de nos boules étaient en deuxième position dont une qui disputait le point à la leur. Mon ami était parti mesurer, moi, j’attendais dans « le rond » avec une seule boule dans la main ; la dernière "du jeu"…
Osvaldo se releva et dit :
-      - Tira. (Quand il était fâché, il mélangeait français et italien.)  
-      Mais, Osvaldo… répondis-je.
-      - Visa et « tire au fer ». 

Je ne sais pas pourquoi, l’émotion peut-être, je lui répondis par une formule que j’avais lue dans une bédé de Valerian (Valérian et Laureline de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières) :
-      - Je saurai me montrer digne de l’honneur qui m’est fait.
Et, je tirai tout de suite. (Sans vraiment réfléchir ; j'étais Valérian !)
Je ne peux pas dire que j’avais visé. Je tirai et fis « un carreau » à dégouter les adversaires qui avaient ri trop tôt. Ma boule chassa la leur et resta sur place, à la place de la leur ! Quatre points d’un coup ! Il n’en fallait pas plus pour gagner le premier prix. Ouf !

Le premier prix comportait de nombreux lots, espèces, vins et cadeaux divers. Je laissai mon ami s’occuper du partage des gains tant j’étais étourdi par ce que je venais de faire. C’est pourquoi j’ai encore aujourd’hui les boules et leur étui en cuir, un des cadeaux du lot, car il insista pour que je les prenne.
-      Tu vas être content, me dit-il, c’est du 740 grammes. Juste pour ta pogne. 

Cette histoire aurait pu s’arrêter là mais, suite à l’article paru dans le journal local, Mateu (rappelez-vous, cette personne qui m’avait fait connaitre la Baume à mon arrivée à Nîmes) me fit cadeau d’un livre. C’était « La Gloire de mon Père » de Marcel Pagnol. Et, à sa lecture, je revis (voir et vivre) la partie de boules du père et de l’oncle du petit Marcel. Ce fut génial ! J’étais devenu la gloire du foyer où j’habitais. 

En tout cas, ce jour-là, j’avais pu dire : « J’ai les boules ! » avec une immense joie. 

Comme convenu avec mes amis, voici leurs blogs : avidoxe, Ateliers d'écritureS, Dan et Dina, Dina de Dan,  Ecrire Pastel, Éric Valloni, et VittorioDenim Bonne lecture et, partagez, faites-vous plaisir. Ils vous feront la causette si vous savez penser par vous-même. Un petit clic sur le lien et vous êtes reliés. Bonne lecture.

mercredi 3 octobre 2018

Le Pont du Gard, 2) Dessus


Si vous avez lu mon post du 27/09, voici la suite.
C’était un dimanche matin. Je ne me souviens pas pourquoi nous n’étions pas partis camper à la rivière mais, cela arrivait de temps en temps quand l’un d’entre nous devait travailler. Nous étions solidaires, personne ne restait seul au foyer. 

Ce dimanche matin, donc, nous étions en retard pour partir en excursion trop longue. Il nous fallait un endroit près de Nîmes et en même temps qui puisse nous dépayser. Le choix s’était porté sur le Pont du Gard ou plutôt aux abords du Pont du Gard. 
Nous avions de quoi faire un pique-nique, de quoi manger et boire et même une bouteille thermos de café chaud. 

Cette fois-là, nous étions partis à une seule voiture car nous n’étions que cinq. La route était dégagée et nous étions arrivés à destination plus tôt que prévu. L’un de nous proposa de visiter le pont en attendant d’avoir faim. Ce que nous fîmes. 
Je ne sais pas de nos jours mais, il y a quarante ans, c’était possible. On pouvait passer là ou l’eau s’écoulait, à l'intérieur du troisième étage et aller d’une rive à l’autre. De temps en temps, il y avait une ouverture de sorte que la lumière éclairait nos pas. 
 
Or, si la lumière peut rentrer, l’Homme, animal curieux, peut sortir et, naturellement, nous empruntâmes une de ces ouvertures pour aller tout en haut, sur le dallage qui protégeait, à l’époque des romains, l’eau de l’évaporation surtout. 

De là-haut, le paysage était grandiose, inquiétant et peut-être même comminatoire mais, nous y étions. Nous étions les rois du monde. Nous étions jeunes. Et, nous avons marché au-dessus du Pont du Gard ! 

A nouveau, l’un de nous lança une idée : « Et si on pique-niquait ici ? »
En un rien de temps, ce fut fait. Le temps d’aller à la voiture, d’apporter une nappe, les victuailles et les verres. Et nous voilà assis autour de la nappe, sur le dernier dallage, sur la couverture du pont. 
Nous avons pique-niqué au-dessus du Pont du Gard.
Soit dit entre nous, ce n’était pas une excellente idée. Les verres en plastique s’envolaient dès qu’ils étaient vides, les assiettes en carton faisaient pareil et les serviettes en papier aussi. Il faut dire qu’il y avait un peu de mistral.
Nous n’avons rien abimé, rien détérioré et sommes redescendus pique-niquer aux abords du pont, comme convenu au départ. Mais même, ce n’était pas une excellente idée. Surtout à ne pas faire.

C’était quand j’avais vingt ans. Je ne peux pas dire que c’était la fête tous les jours car chacun de nous travaillait mais, il n’y avait pas un soir sans une réunion inopinée. Et, le mot est inapproprié puisque c’était quotidien. Il n’y avait pas un week-end sans une sortie en groupe. Notre territoire s’étendait de Menton à Saint-Jean-de-Luz et nous étions jeunes.
C’est ainsi, nous refaisions le monde. 
Non, nous ne voulions pas le changer mais, le repeindre, le rendre plus beau. Je crois que, pour nous, nous avions réussi. Nous avons marché « librement » au-dessus du Pont du Gard. A l’époque, je ne sais pas si c’était permis mais, en tout cas, c’était gratuit. 

Comme convenu avec mes amis, voici leurs blogs : avidoxe, Ateliers d'écritureS, Dan et Dina, Dina de Dan,  Ecrire Pastel, Éric Valloni, et VittorioDenim Bonne lecture et, partagez, faites-vous plaisir. Ils vous feront la causette si vous savez penser par vous-même. Un petit clic sur le lien et vous êtes reliés. Bonne lecture.

mercredi 26 septembre 2018

Passer le Pont... du Gard - 1) Dessous


Indéniablement, j’étais tombé amoureux de cette région coincée entre la Provence et l’Occitanie qui se situe à l’ouest du Rhône, aux abords de sa rive droite. 

Je voulais en savoir plus. 
Or, en faisant les chemins à pieds, je ne voyais que ce qui était en hauteur, à cause de la végétation et en voiture je ne voyais pas grand-chose puisqu’il fallait faire attention à la route.
Je décidai donc de descendre le Gardon en bateau. 

Grâce à un ami qui eut l’amabilité de nous amener, mon bateau et moi, mon périple commença près du pont Saint-Nicolas-de-Campagnac. 
J’étais déjà passé sur ce pont en voiture car celui-ci permet, depuis le XIIIème siècle, de relier Nîmes à Uzès et là, je m’apprêtai à passer dessous le pont à arches ogivales de type médiéval. Il était beau. Il était haut, aussi. 
Je passai et, cinq-cents mètres plus loin, le gardon, qui y fait une boucle, me montra une plage de sable blanc côté intérieur de la boucle et, juste après, je dus marcher car il n’y avait pas assez d’eau. Le Gard, ou Gardon, est capricieux et, selon la saison, peut être totalement à sec par endroits. Dix mètres plus loin, je recommençai à pagayer et continuai en regardant le paysage sous un autre angle. 

Le spectacle des petites plages de sable blanc et hauteurs à la végétation abondante ainsi que l’insuffisance d’eau se renouvela plusieurs fois jusqu’à cet endroit appelé « La Baume » que je connaissais très bien puisque j’y avais « habité » pendant deux mois l’été précédent. Je savais qu’en cette section la hauteur d’eau est importante car, à un certain endroit, le cours de la rivière est arrêté par des rochers. Il y a une petite cascade.
Il est possible de descendre, de côté sans quitter son canoé mais, je n’étais pas un expert et décidai de monter sur la rive et de passer à pieds, mon embarcation sur la tête. (Le canot à défaut de canotier !)  
Ensuite, je n’eus plus de problème de hauteur d’eau et je me laissai porter par la rivière. 
 
Les gorges du Gard sont très belles et hautes par endroits. Il y a des grottes. J’admirai la végétation. Je vis un serpent d’eau qui avalait une grenouille ; c’est la vie ! Je vis aussi un renard qui, très étonné, me regarda passer. Naturellement, je pris des photos. 

Enfin, je passai le pont de Collias et, à environ cinq kilomètres de là, j’arrivai au Pont du Gard. 
Je le vis de loin. Il est beau, vu de la rivière, en amont. Il se rapprochait et devenait grand, haut et long. Je passai en dessous, à côté de ses fondations pointues fixées sur des rochers. Je passai vers la gauche ; il y a une arche qui enjambe l’eau (Alors que les autres sont souvent à sec.) et continuai vers Remoulins où mon camarade devait me récupérer. 

Ce fut une de mes plus belles excursions. D’une part, à l’époque il n’y avait pas de club ou d’entreprise qui proposait le canotage pour descendre le Gardon et, d’autre part, je l’ai fait seul et tranquille. C’est pourquoi, aussi bien le renard que les castors me regardaient passer, imperturbables, pas encore importunés et curieux. 

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mercredi 18 juillet 2018

Récit dense et abri côtier


Je sais, vous voulez savoir la suite. D’accord mais, après le 15 septembre. 

Les ateliers d’écritures sont fermés et moi, j’ai beau faire de la résistance, je sens que je vais céder. Je vais m’accorder une petite semaine de vacance, un congé, un vide, une disponibilité, une permission. Une semaine, oui mais, quelle semaine ! 

Je vais raconter mes histoires aux mouettes ; elles ne les répèteront pas et le secret du génois Denim du Montpastel pourra rester entre nous et la mer. Et la mer, comme chacun sait, c’est vague. Vous n’en saurez pas plus. 

En fin de compte, je suis entouré de gens discrets. Même les objets inanimés, qui ont une âme, ne vous parleront pas de ce temps que les moins de vingt ans aimeraient connaitre.
Puis, début août, je reviendrai car j’ai 2 romans en retard et mon collègue avec qui je commets les polars s’impatiente. Je vais passer mon mois doute à travailler. Quelle ironie ! Mon éditeur sur la côte et moi sur les flancs ! 

En bref, je ne serai pas absent longtemps mais je ne serai pas disponible pour autant. En cas de besoin, laissez-moi un message, je vous répondrai. Mais, mes livres-boulets d’abord. Et, dès que je les livre, je m’enivre de vivre libre jusqu’au prochain livre…   

Comme convenu avec mes amis, voici leurs blogs : avidoxe, Ateliers d'écritureS, Dan et Dina, Dina de Dan,  Ecrire Pastel, Éric Valloni, Tandem Littéraire et VittorioDenim Bonne lecture et, partagez, faites-vous plaisir. Ils vous feront la causette si vous savez penser par vous-même. Un petit clic sur le lien et vous êtes reliés. Bonne lecture.